Je ne sais quoi et presque rien

Un nouvelle exposition en compagnie de l’ami Jacques Poullaouec qui exposera ses gravures se tiendra du 3 aout au 25 aout à la jolie Galerie Des Bigotes, 5, Rue de la bienfaisance à Vannes (Morbihan).

Entrée libre de 14h à 18h, tous les jours du mardi au samedi

J’y exposerai des peintures récentes.

Je ne sais quoi et presque rien

«  Pour toute la beauté

jamais je ne me perdrai

sinon pour un je ne sais quoi

qui s’atteint d’aventure. »

Jean de la Croix

Parfois on ne trouve pas ce qu’on cherche mais on trouve ce qu’on n’a pas cherché et qui nous arrive d’aventure : Sérendipité !

L’artiste est toujours en avant de soi ; sa main précède son esprit qui, comme l’aveugle, marche, avance progressivement, à tâtons. Il invente son parcours, sans en connaître le but. Il faut donc se lancer à l’assaut de l’imprévu, comme le bateau qui affronte la vague.

Se laisser dériver sur ses lignes d’erre ; pas de message, pas de figuration, mais un rapport de clair et d’obscur. On peut dire comment on navigue sur le papier ou sur la toile, on ne peut dire le pourquoi. Sur l’espace ouvert par la main, au départ c’est « presque rien » et à l’arrivée c’est un « je ne sais quoi ». Ce n’est pas aveu d’ignorance, bien au contraire, c’est la recherche délibérée de « l’inconnu, pour trouver du nouveau » (derniers mots des Fleurs du Mal de Baudelaire)

Exprimer l’inexprimable, l’entre-deux, la zone de brouillard, de brouillage, de fading, d’embrouillement. Cette aventure est quelque chose d’indéfini, d’indéfinissable ; quelque chose qui ne s’apprend pas ; c’est le faire qui importe, le « poïeïn » de l’étymologie grecque du mot « Poésie ».

Le titre que nous avons choisi pour cette exposition est à la fois modeste et ambitieux. Nous l’avons emprunté à Vladimir Jankélévitch qui dit du « presque rien » : « Je ne sais ce qu’il est, mais il n’est pas « je ne sais quoi » ; je ne sais ce qu’il est, mais il est à coup sûr quelque chose ». La main du peintre et celle du graveur ont une mémoire qui remonte dans leurs gestes, sans qu’ils l’aient préméditée ; c’est une anamnèse, une réminiscence, « une trace qui ne laisse pas de traces. Elle n’a pas le poids du souvenir, elle est plutôt la touche fugitive qui nous effleure, souvent même à notre insu … À la fois il en reste quelque chose et il n’en reste rien ».

Pierre Converset

Jacques Poullaouec.